Se redécouvrir avec le temps
Lorsque ma Mamie est décédée l’été dernier, mon Papy a déménagé du Midi pour nous rejoindre dans la région Centre et habiter non loin de chez son fils, mon père. Enfant, j’avais une relation très privilégiée avec ma grand-mère et je me suis aperçue que, de ce fait, je passais peu de temps seule avec mon grand-père, pour ne pas dire jamais.
Alors, quand il s’est rapproché de la ville où j’habite, j’y ai vu une occasion de rattraper ce décalage. J’ai décidé de le voir au moins une fois par mois et nos déjeuners sont devenus un rituel. Si, au début, j’avais une certaine appréhension, j’y prends désormais autant de plaisir que lui, et il ne manque pas de me le signifier.
Il y a quelques semaines, lors de notre rendez-vous mensuel, nous avons longuement discuté de tout un tas de sujets variés : télévision, intelligence artificielle, maquettes, anecdotes passées et présentes… Les sujets n’ont pas manqué !
Une question inattendue
Puis, entre deux silences, il m’a posé une question simple, directe, mais à laquelle je ne m’attendais pas :
Et ça va, la vie avec le fauteuil, c’est pas trop difficile ? »
J’ai trouvé cette interrogation à la fois aussi innocente que celle d’un enfant et à la fois très touchante car elle traduisait une inquiétude sincère d’un grand-père pour sa petite-fille : suis-je heureuse ? La question jackpot…
J’ai été sincère bien sûr, je le suis toujours : non, ce n’est pas facile. Néanmoins, mon premier réflexe a été de lui répondre qu’avec le temps, je m’y étais faite. Pas par résignation, mais parce que mon handicap fait partie de mon quotidien, il y est totalement intégré. Les habitudes ont pris le dessus, et la vie suit son cours, avec bien d’autres choses à considérer.
Des choses positives, surtout. L’amour, le bonheur, le rire, la joie : ces mots m’accompagnent chaque jour et je prends garde à ne jamais les laisser s’éloigner trop longtemps. Au final, j’ai de la chance : j’ai une relation stable avec un homme merveilleux, une maison avec un jardin, des animaux adorables, une famille et des amis en bonne santé. J’ai les moyens de partir en vacances une ou deux fois par an et également de ne manquer de rien. Pourquoi voudrais-je laisser l’ombre du handicap effacer tout cela ?
Évidemment, c’est difficile. Bien sûr, j’aurais préféré ne jamais y être confrontée. Il y a des endroits inaccessibles, des activités impossibles. Et je ne devrais pas continuer ce raisonnement par un « mais » ici, pour ne pas minimiser cette réalité.
Toutefois, voir mon grand-père s’inquiéter de la place que prend le handicap dans ma vie m’a émue. J’ai réalisé que, malgré mes sourires et ma joie de vivre, cette question me collera toujours à la peau. Pour lui, comme pour bien d’autres : « Elle a l’air bien mais… est-ce vraiment le cas ? ».
Et comme pour tout être humain, la réponse dépendra des jours.